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AMICALE  DES  ANCIENS  MARINS  DE  L’AVISO  ESCORTEUR

COMMANDANT  BOURDAIS

 

 

 

- LES TERRE-NEUVAS -

 

HISTORIQUE DE LA PECHE A LA MORUE

 

 

 

La morue et les lieux de pêche

 

Historique de la pêche à Terre-Neuve

La morue

Le French Shore

 

LES LIEUX DE PECHE

 

Les bancs de Terre-Neuve

 

    Les « bancs de Terre-Neuve » sont constitués par des terrains anciens, débris de dislocation de la partie effondrée du continent Nord-Atlantique sur lesquels viennent se déposer les apports alluviaux transportés, depuis la côte Sibérienne, par les icebergs et abandonnés par eux, au moment de leur fusion sous l'influence des eaux équatoriales.

    Les « bancs de Terre-Neuve » se divisent en deux groupes: l'un à gauche, l'autre à droite de l'anse du fleuve de Cabo  prolongé en mer. En allant de la côte vers le large on trouve, à gauche, le « banc de Saint-Pierre », le « Banc à Vert », le « Grand Banc » et, beaucoup plus dans l'Est, le « Bonnet Flamand » ; à droite le « banc de Canson », le « banc de Misaine », le « banc d'Artimon », le « Banquereau », le « banc de l'Ile de Sable », le « banc de Scatari », le « Banc  de Mimia » et le « banc Middleground ».

    La profondeur de la mer sur ces hauts fonds oscille entre 100 mètres sur le pourtour et 50 à 70 mètres sur le Bonnet Flamand. Les fonds varient de 116 mètres dans la partie Sud à 185 mètres dans la partie Nord. Ces bancs sont le rendez-vous habituel des morues au moment delà ponte. Les voiliers commencent en général, leur pêche sur le Bonnet Flamand, premier banc sur lequel ils atterrissent et où l'on peut pêcher plus tôt, mais où les pertes d'ancres et de touées sont nombreuses. Puis ils se dirigent vers l'Ouest (Banquereau-Banc de Saint-Pierre) ou vers le Sud (Ouest du « Platier - Trou de la Baleine »), à la recherche de la morue suivant les nouvelles qui leur parviennent de la pêche sur l'un ou l'autre des bancs ; d'aucuns demeurent toute la campagne sur le Platier, zone surélevée d'une profondeur de 40 à 50 mètres, située à l'accore est du banc, où, pour peu que l'on ait de la patience, on est toujours certain de faire une pêche moyenne en poissons de belle taille, et où l'on trouve sans avoir besoin de faire les « paumovages », le bulot en permanence et l'encornet lors de ses passages. .

    Les chalutiers travaillent presque toujours dans les mêmes parages : au début, les accores du Grand Banc, par des fonds de 100 mètres, puis en été les environs de l'Ile de Sable, le Banquereau, le Sud du banc de Saint- Pierre, le Sud-est du Trou de la Baleine et, en fin de saison, le Sud-ouest du Platier et le Grand Banc. Leurs parages favoris sont ceux, de l'Ile de Sable. Ils ne fréquentent pas le Bonnet Flamand qui semble le domaine réservé des voiliers. En 1926, des essais de chalutage en profondeur aux accores des bancs, ont été couronnés de succès.

 

Golfe du Saint-Laurent

    Le Commandant de la « Ville d'Ys », dans son rapport de 1925, rappelle qu'aux termes d'une décision de 1910, du Tribunal de la Haye, la pèche est libre dans les eaux du Saint-Laurent jusqu'à 3 milles de la côte et jusqu'à 3 milles d'une ligne perpendiculaire aux rives, là où le fleuve a un maximum de dix milles de largeur, exception faite de la « Baie des Chaleurs » où la pêche étrangère est interdite. Il estime par suite que, dans les années où le poisson est abondant dans le golfe, nos pêcheurs auraient tout intérêt à fréquenter cette région où ils pourraient travailler dans des conditions infiniment moins dures que sur les bancs. La morue semble se trouver en abondance dans la partie sud du golfe entre « Cap Breton », les « îles de la Madeleine », l'Ile du « Prince-Edouard », et le « Comté de Gaspé ».

 

Groenland

     En 1924, trois expéditions norvégiennes entreprirent la recherche des bancs de poissons le long de la côte ouest du Groenland, en dehors des eaux territoriales. Ces bateaux, qui péchaient aux lignes à mains et à la ligne dérivante, réussirent au delà de toute espérance, et rentrèrent à « Àabsund », avec une cargaison complète de morues, de flétans et d'huile. La morue était de dimensions inaccoutumées et pesait, en moyenne, de 5 à 6 kilos toute vidée. Les bancs les plus poissonneux sont limités aux fonds situés au sud du parallèle 66; sur le » Fyllas Bank », le « Dana Bank » et les « Lille-og Store », « Hellefikers Bank », notamment, on trouve de grandes quantités de morues à 20 ou 30 brasses de profondeur ; par contre, à 60 ou 70 brasses on ne rencontre plus que des grands flétans. En 1925, 40 bateaux à moteur norvégiens, 3 chalutiers français, 2 anglais et 1 schooner danois se rendirent sur la côte ouest du Groenland; les chalutiers français venus trop tôt, en mai, durent renoncer à attendre l'arrivée de la morue qui ne parut qu'en fin juin sur les bancs du détroit de Davis, et firent route sur Terre-Neuve. Cette tentative mérite d'être reprise, mais il semble que les voiliers réussissent mieux que les chalutiers, la nature des fonds ne se prêtant pas, paraît-il, aux opérations de chalutage.

    En outre, il convient de remarquer que dans le détroit de Davis, où l'afflux des eaux tièdes, d'origine atlantique, est restreint, le moindre abaissement de la température de la mer suffit pour que la morue n'y trouve plus un milieu propice et déserte les bancs où elle se pressait ; sa présence est en étroite relation avec la température de la mer et elle ne fréquente les eaux groënlandaises que lorsque cette température passe de + 1° à + 2°.

    Comme appâts, les Norvégiens qui ont particulièrement réussi, se servent, au début de la saison, de hareng salé et à partir de juillet, de capelan, qui à cette époque s'approche de la côte ouest. La morue du détroit de Davis est plus grande et plus lourde que celle de Terre-Neuve ou d'Islande ; elle pèse en moyenne de 9 à 10 kilos ; en outre, sa chair est plus tendre et présente une teinte jaunâtre. Il ne me semble pas sans intérêt de donner ici un résumé de la réglementation danoise concernant l'accès des étrangers dans les eaux territoriales groënlandaises.

1°)  Il est interdit aux personnes non domiciliées au Groenland de se livrer à la pêche dans les eaux territoriales groënlandaises, dans la limite est de 3 milles marins.

2°)  Les navires étrangers peuvent relâcher dans une baie ou un port groënlandais dans le cas où ils seraient obligés, par suite d'accident survenu au personnel ou d'avarie, mais ne doivent y séjourner que le temps nécessaire, et doivent se conformer à la réglementation locale et aux ordres des autorités.

3°)  Ces navires sont autorisés en dehors du cas de détresse, à faire escale sans permission, dans certains ports groënlandais pour y prendre de l'eau.

 

Islande

    La zone d'Islande est limitée à l'Est par le 14e degré de longitude ouest, à l'Ouest par le 45e degré de longitude ouest et au Sud par le 57e degré de latitude nord. L'Islande même est le sommet émergé d'une montagne sous-marine reliée aux « îles Féroé » par une crête sous-marine, la « crête « Wyville Thomson ». La montagne islandaise s'élève en pente abrupte d'une profondeur de 2.000 mètres ; les fonds de 200 mètres qui entourent complètement l'île sur une largeur variant de 30 à 100 kilomètres constituent les bancs qui reproduisent au large, avec une exactitude frappante, la carte des rivages avec ses caps et ses fjords. Ces bancs supportent trois îles : au Nord l' »île de Grimsey », au Sud-ouest « l'île Vuglasker », au Sud les «  îles Westmann ». Peu accidentée au Sud, la côte d'Islande est déchiquetée partout ailleurs, et creusée de fjords ; les ravins sous-marins qui les prolongent, sont, pour la navigation, une aide précieuse dans la brume.

 

    Au début de la saison, février-mars-avril, pendant la première pêche, la morue adulte est rassemblée sur la côte sud par des fonds inférieurs à 100 brasses. Les voiliers commencent donc la saison dans les parages des « Westman », dans le « Bock à Torlack » ou au large de « Portland » ». Certains Dunkerquois rallient directement le « Bock à vase », entre « Ingolfshofdi » et « Westrahorn ».

 

    En deuxième pêche, les Paimpolais remontent sur la côte ouest péchant au large de « Reykjavik », de « Faxa fjord », suivant la morue sur la côte nord-ouest, et terminant en juillet-août, au large de « Langanes ». Les voiliers du Nord (Gravelinois et Dunkerquois) appuient de plus en plus vers l'Est, puis le Nord ; ils opèrent en mai et juin autour de « Hvalibak » et remontent jusqu'à « Langanes ».

Les chalutiers travaillent principalement aux alentours des « Westmann », au début de la saison, puis à partir de mai, dans les parages d'« Hvalsback ». Ils ne semblent pas fréquenter le nord du « Facafjord » ou « Faxe Bugt », à l'ouest de Reykjavik, qui offre cependant à l'accore des roches quelques bancs de sable propices au chalutage, et que les chalutiers étrangers surtout les Anglais connaissent bien.

 

Iles Féroé

    La zone des îles Féroé est limitée au Nord par le 33e degré de latitude nord, au Sud par le 56e degré de latitude nord, à l'Est par le méridien de Paris et à l'Ouest par le 15e degré de longitude ouest.

 

    Les îles Féroé sont situées au nord de l'Angleterre à mi-distance entre les « Orcades » et l' « Islande », et le banc sur lequel nos pêcheurs opèrent, parfois, en se rendant en Islande s'étend au Sud et à l'Ouest, présentant en son centre des fonds de 90 à 96 mètres.

 

Dogger Bank

    Le « Dogger Bank » est un vaste plateau sous-marin, présentant une superficie de 60 kilomètres environ, situé dans la Mer du Nord, entre la côte anglaise (au large de « Scarborough ») et le « Jutland ». La profondeur n'y excède pas 30 mètres, sauf dans sa partie Sud-est qui s'abaisse à 35 mètres. Jusqu'en 1913, les grands dundees «Nordiers» de Graveline s'y rendaient pêcher la morue d'avril à juillet. 11 n'est plus fréquenté actuellement que par les chalutiers à vapeur pratiquant la pêche du poisson frais.

 

Côte Mourmane

    La pêche des morues se pratique de la fin juin à la fin d'août sur toute la côte « Mourmane », du fjord de « Varanger » jusqu'à « Svatof-Mos » à l'Est. On n'y rencontre pas de pêcheurs français mais plusieurs chalutiers à vapeur anglais et allemands y travaillent régulièrement. Le poids moyen (4 kilos) et la qualité des morues pêchées sont à peu près les mêmes que pour celles capturées sur les côtes de Norvège. Les engins employés par les indigènes sont les grosses lignes ; nous avons vu que les Anglais et les Allemands y chalutent, bien que les fonds pierreux et inégaux ne s'y prêtent pas sans des inconvénients. En outre, il convient de remarquer que les étrangers ne peuvent se livrer à la pêche qu'en dehors des eaux territoriales.

 

 

Extraits de « La pêche à la morue » de Monsieur BRONKHORST

Administrateur des Affaires Maritimes

Source Archimer (Archives d’Ifremer)

 

 

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