LA MORUE
La
morue « gadus callarias » appartient à la famille
des gadidés qui est représentée principalement sur nos côtes par
le merlan « gadus merlangu »), les lieus (lieu
noir ou charbonnier ou colin, et lieu jaune), le tacaud, le
merlu, la lingue ou julienne. Disons seulement que, chez la
plupart d'entre eux, la sensibilité aux variations thermiques et
salines du milieu ambiant est très développée. Ce sont, en
général, des habitués des eaux dans lesquelles la température ne
s'élève jamais considérablement, et dans lesquelles, d'ailleurs,
ils se tiennent à une profondeur suffisante pour rester
insensibles aux variations atmosphériques ; aussi leur habitat
préféré semble-t-il être la Manche et la
Mer du Nord.
La
« morue », elle, appartient surtout aux régions froides, sa
limite méridionale en Europe étant environ la latitude
d'Ouessant et, si elle hante encore les fonds de la Manche et de
la Mer du Nord, elle se fait rare sur nos côtes de Bretagne où
les pêcheurs qui la capturent parmi d'autres poissons la vendent
sous le nom de « cabillaud », et encore
plus rare vers le sud. Elle est complètement inconnue en
Méditerranée.

Les « gades »
ne vont guère en pleine eau ; ils vivent par des profondeurs de
100 à 500 mètres et plus dans des eaux d'une température assez
basse et affectionnent les fonds du plateau continental faisant
leur nourriture des êtres qui y habitent ou viennent s'y cacher.
Ils ne fréquentent les eaux peu profondes qu'au moment de leur
ponte qui a lieu par 40 à200 mètres de fond, suivant les
espèces.
La
« morue », ne se montre qu'à des périodes déterminées et fait
défaut aux autres époques de l'année est, suivant l'expression
un poisson « saisonnier ».
Vivant ordinairement dans
les
profondeurs entre 100 et 500 mètres et, particulièrement, dans
les fonds
de 150
brasses (250 m.), marquant une prédilection pour les eaux
froides
entre — 2°
et + 6°, elle recherche, au moment de la ponte, les eaux
peu
profondes et plus chaudes qui recouvrent les atterrages de
certains
plateaux
sous-marins. Ces arrivées ont, en général, lieu de la fin de
l'automne au début du printemps. La morue s'attarde ensuite sur
ces
hauts fonds
ou « bancs» durant tout le printemps et le début
de l'été,
retenue par
l'abondante nourriture dont elle profite. Elle semble, alors,
préférer les eaux dont la température oscille entre + 4° et 4-
6° et la
salinité
entre 34 et 35 %.
Il est
probable que la raison pour laquelle les morues recherchent ces
hauts fonds et quittent les profondeurs, est qu’elles trouvent
dans ces lieux de ponte des eaux de densité moindre, par suite
de leur faible salinité, qui leur permettent de nager plus
facilement lorsque leur corps est gonflé par les produits
sexuels.
Elles
pondent rarement à une température inférieure à 0° ou — 1° et,
d'une façon générale, préfèrent les températures qui varient de
1° à 6°, mais elles se rassemblent sous les lieux de ponte,
parfois quelques semaines l'avance. La ponte a lieu à la fin de
l'hiver et au printemps, mais à des dates différentes selon les
parages. Elle s'effectue de septembre à mars sur les, côtes
américaines, de février à mai en Islande et dans la Mer du Nord.
En Norvège, la pêche à la morue pondeuse ou « skreifiskeri »,
se fait en hiver du milieu de janvier à la fin d'avril et,
plus particulièrement, entre le 15 février et la fin de mars.
C'est également en hiver que les reproducteurs venant du Nord,
entrent dans la mer d'Irlande, a lieu sur le Grand Banc de mars
à juillet avec un maximum en avril et mai. Le lieu de ponte
semble se trouver à l'accord des chalutiers entre le cap de la
Pêcherie et le 52° méridien. Le nombre des œufs est
considérable, 5 à 7 et parfois 9 millions ; ces œufs,
pélagiques, viennent flotter comme un nuage orangé au-dessus des
bancs de morues et permettent de les repérer. La durée de leur
incubation varie selon la température de l'eau ; elle est de 11
jours dans les eaux à + 8°, de 15 jours dans les eaux à + 6°, de
23 jours dans les eaux à + 3°, de 1 mois dans les eaux à + 1° et
de 2 mois dans les eaux à —1°.
La pêche
débute un peu avant la ponte et se continue jusqu'à la migration
de dispersion, c'est-à-dire pendant toute la période où le
poisson fréquente les bancs et hauts fonds du plateau
Continental. D'après ce que nous connaissons des préférences de
la morue pour les eaux froides, les bonnes années de pêche
seront les années à réchauffement estival restreint, la morue
disparaissant lorsque la température dépasse + 8° et l’« encornet »,
boette préférée de la morue, manquant complètement dans les
années froides. Par contre, dans les années moyennes, l'eau
restant chaude en surface et froide au fond, il est possible de
pêcher, sans changer de mouillage, l'encornet à la surface et la
morue sur le fond. La pêche varie donc suivant l'amplitude des
phénomènes saisonniers.
Les
morues que l'on trouve sur les divers lieux de pêche
n'appartiennent pas à la même race. Elles diffèrent souvent même
assez profondément, notamment par leur taille et leur couleur,
qui va du jaune clair au rouge sombre tacheté. Les migrations de
chaque race sont localisées et s'effectuent, principalement, en
profondeur. Les bancs de morues sont composés d'individus de
même taille et de même âge. Leur croissance est variable suivant
les points de la même zone où ils ont établi leur habitat. Des
observations, faites sur la morue de la Mer du Nord, ont permis
de constater que les grands individus se rencontrent surtout à
l'Ouest et au Nord de cette mer, tandis que, sur les bancs du
centre, ce sont les petits qui sont en majorité.
La
croissance de la morue d'Islande est surtout rapide sur la côte
Sud de l'île et décroît graduellement vers l'Ouest et vers le
Nord pour atteindre son minimum sur la côte Est.
Il
existe dans chaque région de nombreuses races locales ; c'est
ainsi notamment qu'à Terre-Neuve les pêcheurs remarquent que la
grosseur du poisson sur tel ou tel banc varie d'une année à
l'autre, que la morue de « piolle » ou de passage
est plus petite que la « morue détaché »
(morue fixée) et qu'en Islande on donne le nom de morue de « drefest »
à une variété particulière, noire d'aspect, plus vive et
plus grosse que la morue habituelle.
Ces
différentes races ont des croissances différentes. La morue
atteint parfois une taille et un poids considérables. On en a
capturé qui mesuraient 152 centimètres et pesaient 80 livres ;
les sujets de 110 centimètres ne sont pas rares. Enfin, on a
capturé des morues qui atteignaient parfois le poids respectable
de 100 kilogrammes. D'une manière générale, les femelles sont
plus grandes que les mâles et atteignent un âge plus avancé. Les
mâles sont adultes à 60 centimètres, mais la grande majorité ne
le deviennent qu'à 70 centimètres; les femelles à 80
centimètres. Toutefois, au Danemark, on trouve des morues
roguées à partir de 30 centimètres. La morue, surtout quand elle
est rognée ou encore lorsqu'elle vient de pondre, est
extrêmement vorace et mord à toutes les boettes ; elle avale des
poissons, des mollusques avec leurs coquilles, des crustacés
avec leurs carapaces et des cailloux.
Extraits de
« La pêche à la morue » de Monsieur
BRONKHORST
Administrateur des Affaires Maritimes
Source
Archimer (Archives d’Ifremer)