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AMICALE  DES  ANCIENS  MARINS  DE  L’AVISO  ESCORTEUR

COMMANDANT  BOURDAIS

 

 

 

- LES TERRE-NEUVAS -

 

HISTORIQUE DE LA PECHE A LA MORUE

 

 

La morue et les lieux de pêche

 

La morue

Les lieux de pêche

Le French Shore

 

HISTORIQUE DE

LA PÊCHE A TERRE-NEUVE

 

    Postérieure de près d'un siècle à la pêche d'Islande, la pèche à la morue de « Terre-Neuve » a, depuis la découverte du Grand Banc, attiré et retenu l'activité de nos pêcheurs basques, bretons et normands qui tous revendiquent l'honneur d'avoir été les premiers à s'y rendre et à y pêcher.

  Les Basques peuvent, il est vrai, appuyer leurs prétentions sur les écrits du XVème siècle « Traité de la Police de Nicolas de Lamare », « Histoire du Commerce des Colonies anglaises dans l'Amérique septentrionale » imprimée à Londres en 1755, et enfin « Commentaires de l'ordonnance de 1681 » qui rapportent tous que les pêcheurs biscayens fréquentaient Terre-Neuve avant que Christophe-Colomb ait découvert l'Amérique. Par contre, il est avéré, et toutes les chroniques du temps en font foi, qu'à partir de l'an 1500, les habitants de Bréhat faisaient la pêche de la morue à Terre-Neuve, témoin une transaction du 14 décembre 1514 passée entre eux et les moines de l'abbaye de Beauport qui percevaient la dime sur les morues pêchées par eux « tant en la coste de Bretagne, la Terre-Neuve, Islande qu'ailleurs. ».

    Ce fut le début de la ruine des pêcheries de merlus et des sècheries du cap Caval (région de Penmarch et d'Audierne) qui ne purent en tant que poisson de carême soutenir la concurrence de la morue parée. L'exemple des Bréhatins dût être suivi par de nombreux pêcheurs d'Armorique, car on raconte, que de 1542 à 1565, pendant son gouvernement de Bretagne, le duc d'Etampes, pour répondre aux incursions anglaises sur le littoral, s'empara des bateaux destinés à la pèche de Terre-Neuve, les arma en corsaires et fit subir aux Anglais de grosses pertes, Saint-Brieuc envoyait des navires aux « Terres-Neufves » avant 1514 et Binic était déjà un des sept ports autorisés à délivrer des passeports pour les grandes-pêches. C'est également en 1536 que partit du Havre, à destination de Terre-Neuve, le voilier « Catherine », premier de ceux qu'arma le grand port normand qui abandonna d'ailleurs assez rapidement cette pêche pour celle de la baleine ; puis, consacra, dès le XVe siècle, toute son activité au trafic maritime, pendant que Fécamp prenait la place qu'il a encore de nos jours.

    Au XVIe siècle, nous apprend l'inventaire sommaire des archives Roscoff, Morlaix, armaient pour Terre-Neuve, Cherbourg également, puisque, d'après le même ouvrage, un corsaire anglais captura en 1594, quatre navires de ce port qui rentraient de la grande pèche. D'anciennes relations de voyage mentionnent qu'en 1578, on vit à Terre-Neuve, 150 navires français, 100 espagnols, 50 portugais et 30 anglais? La grande pêche à la morue prenait donc, dès cette époque, une importance économique considérable.

    Le XVIIe siècle vit et consacra la suprématie de Saint-Malo au détriment des ports de Haute-Normandie. Ce furent les Malouins qui réglementèrent l'occupation du Grand Banc et l'établissement des sècheries sur la côte de Terre-Neuve. Ce règlement fut également déclaré applicable à tous les pêcheurs de Bretagne par ordonnance du Parlement de Rennes, du 31 mars 1640 et de toute la France, par arrêt du Conseil du 28 avril 1671 ; enfin, les principales dispositions en furent insérées clans le titre VI, livre V de l'Ordonnance de 1681.

    C'est vers cette époque et jusque dans les premières années du XVIII e siècle que Brest et Quimper entreprirent à leur tour la Grande Pêche, mais alors que cette industrie a toujours prospéré en Normandie et dans les départements bretons du Nord, elle ne s'est jamais étendue plus à l'Ouest que Binic et Portrieux, malgré les tentatives les plus sérieuses et les encouragements les plus efficaces. Ce n'est qu'exceptionnellement, que l'on trouve trace plus au Sud d'armements de l'espèce, et si, en 1730, trois navires furent armés pour la Grande Pêche dans l'étendue de l'Amirauté de Tréguier, cette tentative ne fut sans doute pas renouvelée.

    Il en fut de même à Morlaix, en 1740. un nouvel essor s'y dessinait, mais survint la guerre de Sept ans, au cours de laquelle, en 1755, les Anglais capturèrent 200 barques françaises à Terre-Neuve, ce qui montre bien d'ailleurs l'importance considérable de nos intérêts dans ces parages.

    En 1772, le ministre informait encore les consuls de Morlaix que le Cabinet de Saint-James avait reconnu les droits de la France sur le French Shore et les encourageait d'armer pour ces parages, mais son appel n'eut que peu de succès ; tant d'échecs et le trouble qu'apportaient aux expéditions les croisières ennemies découragèrent les armateurs du Finistère qui donnèrent avec le cabotage un autre champ à leur activité.

    La Grande Pèche fut complètement interrompue pendant les guerres de là Révolution et de l'Empire ; elle reprit à la paix, mais au XIXe siècle on ne trouve plus que peu de navires armés pour Terre-Neuve dans les Côtes-du-Nord ; c'est vers les mers d'Islande que se tournent les marins de Paimpol et de Binic.

 

Extraits de « La pêche à la morue » de Monsieur BRONKHORST

Administrateur des Affaires Maritimes

Source Archimer (Archives d’Ifremer)

 

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